Dans le cadre privilégié de la Maison des Métallos, Laurent Hatat présente au public parisien son adaptation de l’essai autobiographique du philosophe et sociologue Didier Eribon.

Eribon, rentre dans sa famille, à Reims, après près de trente ans d’absence et se retrouve confronté aux raisons de sa fuite : le décor sclérosant de la classe ouvrière provinciale, l’usine, le bal du foyer Rémois, le creuset du malaise pour un « enfant gay » qui désirait poursuivre de longues études. Hatat a choisi d’incarner la réflexion sociologique dans un dialogue Mère/Fils autour d’une table en formica, décidément éternel symbole du prolétariat. Eribon ne reconnaît pas les gens sur les photos que lui montre sa mère, il se sent désormais comme un étranger dans la maison de son enfance, car il l’admet sans détour : « pour m’inventer, je devais avant tout me dissocier ».
Mais l’épreuve de la scène semble défigurer le discours construit et réfléchi de l’universitaire. Antoine Mathieu, veste de costume, jeans et baskets aux pieds, se pose en narrateur condescendant. Il regarde s’activer sa mère autour de lui, débitant un texte indigeste qu’il ne semble pas entendre lui-même. Le flux est si dense qu’il en bafouille à plusieurs reprises, lancé dans la mécanique. Face à la mère, Sylvie Debrun, il oscille entre dialogues et narration, observant une distance déconcertante, dépourvue de la moindre émotion. Le cours magistral est en marche. Hatat nous avait pourtant prévenu « Ceci n’est pas du théâtre ».

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

Alors pourquoi monter ce texte sur scène ? Pour lui donner une plus grande portée ? Car oui, son propos est nécessaire. Eribon décortique avec une intelligence remarquable les paradoxes d’une société qui ne cesse de créer et d’entretenir les classes sociales, les « corps de classes » au nom d’un certain équilibre. Mais à qui adresser cette pièce ? A ceux qui peuvent comprendre ? A ceux qui savent déjà ? Le public d’intellectuels de gauche de la Maison des Métallos n’est-il pas une proie facile et surout inutile ? On prêche les convaincus.

Et qu’en est-il de l’émotion ? De ce qui distingue la réflexion d’un sociologue du travail d’un metteur en scène de théâtre. Face à la didactique, il ne semble rester que la colère, une colère vaine lancée vers les cintres qui nous laisse ce désagréable sentiment d’impuissance entre les dents du fond.

RETOUR A REIMS d’après l’essai de Didier Éribon
Adaptation et mise en scène Laurent Hatat
Avec Sylvie Debrun et Antoine Mathieu
Collaboration dramaturgique Laurent Caillon
Création lumière et régie générale Anna Sauvage
Création son Antoine Reibre
Production compagnie anima motrix
Du 3 au 22 février 2015 à la Maison des Métallos
94 Rue Jean-Pierre Timbaud (11e), M° Couronnes
www.maisondesmetallos.org
www.animamotrix.fr