Qu’on se le tienne pour dit, la femme moderne n’est plus une femme d’intérieur bonne à rester enfermée à la maison avec les gosses. La femme moderne est un it-bag, une caution sociale, une bourgeoise toute en apparence et en boucles blondes qu’il faut chérir et gâter à tout prix, de préférence en faisant péter le PEL. 

Les fêtes de fin d’année, c’est de la brioche bénie par le petit jésus pour la presse, tous domaines confondus. On saupoudre toutes les rubriques de fausse neige et de bons sentiments. Sujet mode avec la parfaite robe de chasse pour le 31. Sujet beauté avec la tendance de la barbe à paillettes (si, si, par ici). Sujet psycho avec le guide de résistance au traditionnel dîner de famille. Sujet cuisine avec la recette de la purée de patate douce qui fera de vous le roi/la reine des fourneaux. Dans cette ambiance rouge et or aux effluves de bonne grosse dinde, le magazine masculin GQ, édité par Condé Nast, maison mère de Vogue et Glamour entre autres, propose à ses lecteurs une liste d’idées de cadeaux pour les femmes de leurs vies. Ouf, on est sauvé(e)s.

S’il n’a pas encore choisie l’élue : une paire de chaussures ravira son plan cul du moment.

Le diaporama n’oublie personne : le gentleman moderne ne pourra pas manquer d’inspiration. Une journée en spa à 500 boules pour la Maman fatiguée d’avoir nourri ses hommes pendant trente ans, un sac hors de prix pour la frangine fashionista et un restau étoilé pour la Mamie qui n’a pas entendu parler de son petit-fils depuis Noël dernier. Le gentleman moderne est généreux. Il offre une bague niaise qui brille à sa bonne femme, parce que les robots ménagers c’est vraiment trop fifties, et n’oublie surtout pas l’ensemble de lingerie en dentelle pour celle qu’il saute dans les toilettes du bureau. Il pense à tout ! S’il n’est pas encore marié : des petites perles aux oreilles de sa « fiancée » feront bel effet en société. S’il n’a pas encore choisie l’élue : une paire de chaussures ravira son plan cul du moment. C’est connu, les femmes aiment les chaussures, il ne peut pas se tromper. Poursuivons ce joli catalogue de douceurs féminines et branchées. Des fringues, des fringues, des fringues, du thé pour Belle-Maman, une coque d’I-Phone en cuir pour la gamine de quatorze ans accro à Instagram. Je commence à rêver d’être invitée dans la famille du gentleman moderne à Noël. Et soudain… un bouquin ! En plus d’avoir bon goût, il est cultivé, le lecteur de GQ. Il offre un livre… à son arrière-grand-mère. C’est connu, les vieilles ont des loisirs de merde. Elles lisent dans leur fauteuil toute la journée tandis que les jeunes font du shopping et live-tweetent Danse Avec les Stars. Olé !

Campagne de pub Agent Provocateur 2014

Parfum, foulard en soie, chapeau, trousse de toilette, vernis à ongle… Le diaporama regorge de trouvailles toutes plus originales les unes que les autres. Mais ce n’est pas terminé ! Après le cliché et le genré – un skate-board ROSE pour la filleule –  à force de clics, on tombe carrément dans l’indécent et le graveleux. Une bougie parfumée qui coûte le salaire d’une journée de travail pour la bonne, une anthologie de Vogue pour l’ex gardée sous le coude, un week-end romantique pour la meuf du meilleur pote histoire de lui offrir à lui une bonne baise et une petite tape dans le dos au passage.

Le gentleman moderne est cultivé, inventif, classe, blanc, catho et blindax. GQ est tombé plus bas que bas en publiant sans complexe un billet archaïque et, n’ayons pas peur du mot fatal, sexiste. Et quelle ne fut pas ma consternation lorsque j’ai réalisé qu’une femme était l’auteur de cette bouse. Rien de mieux qu’une nana pour cautionner la connerie machiste. Bien joué !

Avec cette « série mode » thématique, le mensuel masculin le plus lu de France fait d’une pierre deux coups : faire de la femme une créature- que dis-je, une tourte – superficielle et vénale,  tout en faisant de l’homme un bon gros connard misogyne en costumes trois pièces. Que demande le peuple ?