Le POIL. Long, frisé, dru, roux, blond, brun. Notre société occidentale a tout simplement le poil en horreur depuis une bonne centaine d’années. Pourquoi tant de haine ? C’est à cette question que tente de répondre – avec succès – la nouvelle web-série proposée par Arte Creative à partir du 1er décembre.

Poilorama – Quand le poil tente de sauver sa peau revient sur notre dégoût quasi maladif de cette toison animale en voie d’extinction. Sociologues, anthropologues, historiens, artistes plasticiens et autres philosophes se font narrateurs de la grande épopée du poil, essentiellement pubien, du mythe de Méduse à l’Origine du monde de Courbet, en passant par la censure des années cinquante et la norme imposée par les magazines féminins. Dix courts épisodes de cinq minutes (efficacité et viralité assurées) abordent avec intelligence et drôlerie le grand tabou de notre siècle.

Campagne de pub Veet, 2014

Campagne de pub Veet, 2014

Et le fascisme n’épargne plus aucun sexe : l’homme comme la femme se doit de dompter son pelage, sous peine d’exclusion sociale. Une barbe mal taillée, des aisselles touffues et un dos velu sont désormais presque aussi mal vus que des mollets poilus chez une femme. Presque aussi mal vus. Car la grande perdante de la chasse au poil est bien la femme. Il faut que ce soit lisse, doux et brillant. Orteils, doigts, sourcils, duvet facial, avant-bras, ventre, tétons : tout passe à la cire, rien ne doit dépasser. Une femme, une vraie, une femme féminine et séduisante prend soin de son apparence, sent bon et ne transpire pas. Le message est bien intégré.

D.R.

D.R.

A travers des explications sociologiques et scientifiques intelligibles et des images d’archives étonnantes, on comprend rapidement que notre aversion, que dis-je, notre écoeurement face au poil découle de ce qu’il traduit notre nature d’êtres basiquement sexuels. Montrer ses poils, ou tout du moins ne pas les cacher, c’est assumer son état animal et donc sexué. Ce qui, surtout chez une femme, est tout simplement indécent voire provocateur et répréhensible.

Tweet de Petra Collins, octobre 2013

Tweet de Petra Collins, octobre 2013

Le poil se fait trouble à l’ordre public. Rappelez vous en 2013, la jeune photographe canadienne Petra Collins publie une photo d’elle en bikini, des poils frisés faisant une apparition remarquée hors du triangle de tissu de sa culotte. Les insultes des internautes fusent avec une violence inouïe et son compte Instagram est fermé par le géant du selfie. Dès lors, dans quelle mesure la lutte contre le poil est-elle un choix libre et personnel, dénué de toute influence sociale, de tout conditionnement ?

Un format court et percutant renforcé par un montage au poil intégrant des images de coupe hilarantes font de Poilorama une ôde jouissive à la liberté. Pas question ici de dicter la bonne conduite, juste d’éveiller les consciences, de laisser notre libre arbitre reprendre en main le rasoir, en toute connaissance de cause.

Poilorama - Episode "La grande touffe"

Poilorama – Episode « La grande touffe »

POILORAMA – Quand le poil tente de sauver sa peau
Web-série écrite par Olivier Dubois, Emmanuelle Julien et Adrien Pavillard, réalisée par Adrien Pavillard
Co-production Arte France et HonkyTonk Films
http://creative.arte.tv