Elise – Chapitre 1 : La Banane américaine, seul-en-scène autofictionnel réjouissant, avait séduit de part sa justesse et sa bienveillance. Trois ans après, dans la même salle du Théâtre de Belleville, le Chapitre 2 tant attendu ne déçoit pas.

En 2012 nous avions découvert avec délice le monde de la petite Elise, dix ans, sa mère, l’église, l’école, la campagne française des années 90. Aujourd’hui Elise a treize ans et demi, des hormones à ne plus savoir qu’en faire, des copines qui embrassent des garçons avec la langue et une mère toujours aussi envahissante. La comédienne Elise Noiraud, trentenaire bien dans ses baskets, s’en est donnée à coeur joie. Mettant en scène ses propres souvenirs, elle nous replonge en eaux troubles, dans cette période que beaucoup d’entre nous ont préféré refouler : la naissance de l’adolescence. Ce moment où la moindre petite chose peut devenir monumentale, où le moindre choix devient existentiel, où le moindre événement se transforme en l’aventure de votre vie. Elise fissure notre carapace adulte de dignité dès les premières minutes du spectacle et c’est à poil et à fleur de peau que nous nous rappelons qui nous étions à son âge.

© Baptiste Ribrault

© Baptiste Ribrault

L’humour jouissif et l’auto-dérision qui faisaient le charme et l’innocence du Chapitre 1 sont toujours là mais teintés désormais de cette souffrance aiguë propre aux années collège. Elise Noiraud ne veut pas couler dans la farce potache et se fait un devoir de sublimer un âge cruel et solitaire. La jeune Elise se construit avec et face à une mère névrosée et culpabilisante, à des professeurs dépressifs semblant venir d’une autre galaxie, celle des adultes. Elise se construit seule face au monde extérieur, face à ceux qui ne peuvent et ne veulent pas comprendre. Les rêves et les fantasmes prennent peu à peu le pas sur un réel trop compliqué à affronter. Elise fait sa vie à elle, bien à l’abri dans sa tête, gamine insignifiante et guerrière superbe tout à la fois.

POUR QUE TU M’AIMES ENCORE
De et par Elise Noiraud
Collaboration artistique Baptiste Ribrault
Du 1er avril au 25 juin 2016 à la Comédie de Paris
42 rue Pierre Fontaine, M° Blanche (9e)
www.comediedeparis.com