Avec Spotlight, Tom McCarthy signe un film efficace mais dénué de caractère, portant à l’écran la naissance du scandale qui a secoué l’Église Catholique américaine peu après les attentats du 11 septembre.

S’il existait une récompense pour la maîtrise des champs contre champs au cinéma, le cinéaste américain remporterait très certainement le prix d’excellence tant le film est un véritable manuel de la mise en scène des dialogues au cinéma. Dîner à une table mondaine, réunion d’édition, interview au café… Spotlight est une succession de pings-pongs verbaux où s’échangent informations capitales et révélations crues.  Et lorsque la caméra décolle, c’est pour suivre les personnages qui courent d’un bout à l’autre du cadre, illustration récurrente un brin simpliste signifiant l’agitation qui les anime.  On est constamment à hauteur de chacun et cette échelle ainsi maintenue permet d’éviter tout jugement : qu’ils soient coupables ou non, curé, avocat et journaliste n’en restent pas moins des hommes, égaux face à Dieu.  Sur la forme, on est donc plongé dans un bain de classicisme, qui confère au propos une rigueur toute journalistique : enquête, révélation, conséquences. McCarthy s’efface totalement devant son sujet, privilégiant la sobriété là où il aurait été facile de sombrer dans le racoleur, les reconstitutions sordides et les descriptions des sévices commis par les différents prêtres.

© Spotlight - Rachel McAdams© Spotlight – Rachel McAdams

Ici il n’en est rien : les faits, rien que les faits. Le récit, extrêmement bien documenté, avance au même rythme que l’enquête, le spectateur se trouvant ainsi au diapason des journalistes, partageant leurs espoirs et leurs craintes.  Et c’est pourtant là que le bât blesse car de craintes il n’en est quasiment jamais question : les personnages n’existent que pour faire éclater la vérité et se fondent les uns dans les autres, tant leur vie privée et leurs doutes intimes sont mis de côté. Leurs conjoints sont réduits à des évocations floues et les protagonistes n’ont pas le temps de se poser des questions quant aux répercussions psychologiques que peuvent charrier les témoignages des victimes. Seul l’excellent Mark Ruffalo incarne réellement la sidération face à l’ampleur des révélations mais ses interrogations ne sont montrées qu’à travers le regard de ses collègues ou dans une situation qui sert à l’avancée de l’intrigue. Parti pris déroutant car il laisse le sentiment d’une déconcertante facilité à aller au bout de l’enquête : non seulement les quatre comparses du Boston Globe affichent une neutralité à toute épreuve mais l’Église elle-même, ne parait pas être un obstacle à leurs investigations. Pourtant, dans une interview accordée au Figaro, Mike Rezendes (journaliste de l’équipe Spotlight, incarné à l’écran par Mark Ruffalo), ne tient pas le même discours : « Le film ne le montre pas en effet, mais c’était très dur. C’était très émouvant d’entendre tant d’enfants brisés. C’était un lourd fardeau à porter… […] On a très souvent eu des crises de larmes. »

McCarthy a donc délibérément pris le parti de se concentrer sur l’aspect profession de foi du bon journaliste en dressant le portrait d’hommes et de femmes dévoués corps et âmes à leur enquête, à contre-courant d’une certaine presse de l’immédiateté. C’est  là sa force et sa faiblesse : à trop vouloir lisser et ne juger personne, le film reste extrêmement sage. Il offre certes une reconstitution minutieuse qui ravira les amateurs de polar mais n’affiche aucune volonté de renouveler le genre, trop coincé dans un académisme poli. On aurait tout de même pu espérer un point de vue plus tranché, transcendant davantage l’histoire vraie et offrant un peu plus d’épaisseur à ses quatre protagonistes.

SPOTLIGHT de Tom McCarthy
Scénario Tom McCarthy, Josh Singer
Avec Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams…
Au cinéma le 27 janvier