Février, ça vient juste après janvier. Il fait enfin froid mais y’a toujours pas de neige. Au lycée, on donne des cours de français, comme d’habitude, bacs blancs à faire passer, oui Marcel Proust a vraiment existé, et non, on ne dit pas “si j’aurais” mais “si j’avais”.

Au programme cet après-midi : Romain Gary avec les secondes. C’est très bien ça Romain Gary. Et c’est là, à cet instant, quand tu penses que tu es tranquille, que la Saint Valentin ne viendra pas polluer ton esprit un 15 février dans un lycée de banlieue …

On dit des « poèmes », des « chansonS » et « etc » #réformedelorthographe

Ils ont osé. Ça tombe un dimanche cette année, mais ça va quand même te faire chier au travail. Bordel, le lundi c’est déjà assez dur comme ça.
Des coeurs partout, roses, rouges, mauves, impossible d’y échapper. Seul l’intérieur de la salle des profs a été sauvé, c’est notre maison magique. Sinon, pas de pitié.

valentin

Les lycéens sont aussi très kitsch

Bon, sans être rabat-joie, on a aussi eu droit à de très beaux poèmes collés sur les murs. Imprimés sur du papier rose. Fluo. Comme si la Saint-Valentin pouvait devenir un prétexte pour faire connaître aux élèves Les Amours de Ronsard. Pardon mais non, Les Amours de Ronsard ça doit faire partie des classiques parce que c’est beau. C’est juste beau. Et heureusement, il existe bien des profs qui en font des textes d’étude pour le bac des classes de première sans attendre une pseudo célébration du sentiment amoureux au lycée.

Finalement, personne n’est venu habillé en rose, en rouge, ou avec des ailes dans le dos. Les élèves ont été en cours, les profs ont fait cours, la seule différence c’est qu’il y avait des crêpes en vente au foyer. Waouh. Le concept, pas les crêpes. Bref.

Keur keur keur

Keur keur keur

Presque aucun retentissement chez les jeunes. Et en fait, c’était sûr : qui en a quelque chose à foutre de lire des chansons d’amour toute la journée sérieux ? L’amour en banlieue-parisienne-pas-très-aisée quand on a seize ans, ça ressemble pas tout à fait à la passion du XVIe siècle. Est-on déjà obligé de leur montrer le moule dans lequel ils sont censés se fondre ? Quitte à marquer ce jour, on aurait pu leur montrer le film Amour de Michael Haneke. Niveau ambiance on aurait pas été au top, certes. Mais les occasions de leur ouvrir l’esprit sont encore trop rares. Alors plutôt que de leur faire une Saint-Valentin qui ressemble à celle de l’année dernière et celle de l’année prochaine, laissez-les plutôt aller se cacher dans le bâtiment B pour se pécho. Laissez-les se prendre la main devant tout le monde dans le couloir pour la première fois. Laissez-les se jeter des regards incendiaires pendant que la prof explique ce qu’est une métaphore. Laissez-les comprendre que l’amour c’est beaucoup plus compliqué que ce qu’ils pensent. Que c’est pas forcément quelque chose qui vient avec l’âge comme ils l’imaginent. Que c’est pas une question de sous-vêtements, de voyage, de bague ou d’autres conneries du même genre ; parce que tout le monde le dit, mais tout le monde le fait quand même. Surtout, que l’amour c’est quelque chose qu’on ne comprend pas et que c’est ça qui en fait le sel.