Il est rouge et noir, n’a aucun lien de parenté avec Jeanne Mas, enchaîne les vannes et les coups de latte, et entend bien donner un grand coup de pied dans le derrière des super-héros qui s’illustrent par paquets sur grand écran, comme il l’annonce depuis des mois. Deadpool a-t-il tenu ses promesses, ou s’est-il vu trop beau ?

Chez Marvel, il y a d’un côté Captain America et autres 4 Fantastiques, bien propres sur eux. Et de l’autre il y a Deadpool, mercenaire grande gueule et mal élevé, capable de faire passer Wolverine pour un enfant de choeur. Né sur papier en 1991, c’est auprès de la star des X-Men qu’il a fait ses débuts sur grand écran, en 2009, le temps d’un spin-off qui fait autant pleurer les fans qu’il fait marrer les autres.

Devenu une espèce de ninja à la bouche cousue, le personnage devenait ainsi le grand animateur du final ridicule de X-Men : Origins – Wolverine, et voyait ses chances de s’illustrer en solo dans les salles obscures réduites à peau de chagrin. Pour patienter, son interprète Ryan Reynolds est parti voir du côté de Green Lantern si le succès n’y était pas, et a découvert que non, avec un résultat encore plus grotesque. De là à dire que l’acteur était maudit dans le genre super-héroïque, il n’y a qu’un pas que beaucoup ont franchi quand le principal intéressé semblait toujours croire à un film Deadpool.

© Deadpool - Ryan Reynolds

© Deadpool – Ryan Reynolds

Arrive alors ce jour béni où, au cours de l’été 2014, une démo en vidéo fuite sur la Toile et déclenche une vague de triple lutz chez les fans, qui entrevoient la possibilité d’un long métrage fidèle à l’esprit des comic books. Un enthousiasme qui achève de convaincre les producteurs de tenter le coup, et même d’accepter que le résultat soit classé R (interdit aux moins de 17 ans non-accompagnés aux Etats-Unis), pour mieux respecter ce qui fait le sel du personnage. Lequel débarque donc, après moult teasers et photos amusantes sur les réseaux sociaux, qui laissaient augurer du neuf.

Après 108 minutes d’un délire franchement amusant, scènes post-génériques comprises, force est de constater qu’on repassera pour la révolution. Oui, Deadpool est un gros bourrin que l’hémoglobine n’effraie pas, un mercenaire porté sur la vanne et les références à la pop culture (de la plus évidente à la plus obscure) qui est conscient de son statut de super-héros et s’adresse régulièrement aux spectateurs, comme il le faisait avec ses lecteurs. Et c’est ainsi qu’il évoque Ryan Reynolds et Hugh Jackman, se demande chez quel Professeur Xavier l’envoie (« Stewart ou McAvoy ? Je me perds dans leurs chronologies ! ») et se moque bien des passages obligés des autres films du genre… pour mieux tomber dedans.

Tel est pris qui croyait prendre ?

A trop vouloir faire le malin, le film ne remarque pas qu’il a encore un pied dans les clous lorsqu’il revient sur la façon dont Wade Wilson, mercenaire rongé par un cancer, devient un surhomme au visage brûlé suite à diverses expériences sur sa personne. Encore plus lorsqu’il s’en va secourir sa chère et tendre, jouée par la très belle Morena Baccarin, vue dans les séries Homeland ou Gotham. Le tout au sein d’un récit éclaté de façon artificielle, à grand renfort de flashbacks, comme pour mieux cacher qu’il n’a finalement pas tant de choses à dire. Même s’il emporte la mise grâce à sa forme et les quelques nouveautés qu’il apporte par rapport à ses congénères, le film ne délivre pas tout ce qu’il promettait.

deadpoll

Un défaut qui incombe davantage aux scénaristes qu’au réalisateur Tim Miller, ancien des effets spéciaux qui signe ici son premier long métrage, puisque ce dernier s’en tire plutôt bien sur le plan visuel, avec de belles scènes d’action, à la fois percutantes et virevoltantes. Le tout saupoudré de cet humour qui s’affirme comme LE gros point fort de l’ensemble, que ce soit pour désamorcer une situation ou reconnaître, au détour d’un dialogue, que le budget réduit pour cause de classification (qui dit interdit aux moins de 17 ans, dit moins de recettes potentielles et une rentabilité moins acquise) ne leur offre pas mieux que deux X-Men peu prestigieux (et assez mal exploités).

Très amusant sans (trop) verser dans la vulgarité crasse, même si beaucoup de ses sujets de discussion tournent autour de la masturbation, Deadpool brille par intermittence et paraît quelque peu inachevé, même s’il faut reconnaître que Ryan Reynolds, dans ce qui ressemble à sa dernière chance de cartonner au box-office, est tout simplement parfait. A tel point qu’on peine parfois à trouver la frontière entre l’interprète et le personnage, dont le côté psychopathe a un peu été mis en sourdine. Pour mieux l’intégrer aux X-Men dans un prochain film ? Vu le démarrage canon du sien dans le monde, il ne va pas falloir patienter longtemps avant qu’une annonce soit faite, alors que la suite de ses aventures est déjà lancée. On en connaît un qui va bien fêter ça.

DEADPOOL de Tim Miller
Scénario de Rhett Reese et Paul Wernick
Avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin…
Au cinéma le 10 février 2016