Un an après le triomphe de Birdman aux Oscars, Alejandro Gonzalez Iñarritù quitte Broadway et le monde du spectacle pour la neige et les paysages sauvages de l’Amérique. Au programme : un DiCaprio de compétition, des grands espaces et un coeur de bison.

Avec Birdman, le plus léger des films réalisés par Iñarritù, on avait presque oublié à quel point la douleur et la souffrance font partie de son cinéma. Mais il compte bien nous le rappeler : quelques heures après avoir fait main basse sur une poignée d’Oscars en 2015, le cinéaste repartait sur le plateau de The Revenant, dont le tournage aura duré 9 mois au Canada. Et en lumière naturelle, histoire que les choses ne soient pas trop faciles.

Comme le héros de son récit, un trappeur laissé pour mort après une attaque de grizzly et désireux de se venger de ses compagnons de route qui l’ont abandonné, le projet revient de loin. Adapté du roman homonyme de Michael Punke, lui-même tiré de faits réels, il circulait à Hollywood depuis le début des années 2000 : il a tour à tour intéressé Park Chan-wook et Samuel L. Jackson, puis Jean-François Richet et Christian Bale, avant de trouver preneur. Et s’il on peut se demander ce qu’auraient fait les autres, le duo aux commandes du film fait des merveilles.

© The Revenant - Leonardo DiCaprio

© The Revenant – Leonardo DiCaprio

Claque visuelle, attaque d’ours et performance hallucinée

Visuellement, The Revenant représente ce qui se fait de mieux en ce moment. Entre la photo à tomber d’Emmanuel Lubezki (collaborateur régulier de Terrence Malick, oscarisé l’an dernier pour Birdman) et les plans-séquence, intenses et minutieux, dont Iñarritù nous régale, parler de claque ne serait pas exagéré. Alors que le rythme oscille entre fureur et contemplation, le personnage principal, Hugh Glass, traverse 3000 kilomètres en 2h30 de film, sans trop connaître de répit.

De répit, il n’y en aura pas pour nous non plus d’ailleurs, car outre quelques longueurs dans sa partie la plus mystique, The Revenant fait parfois preuve d’une certaine complaisance dans sa représentation de la souffrance. Ce que Leonardo DiCaprio ne s’est pas privé de rappeler à qui voulait l’entendre, pendant la promo, en racontant qu’il avait été jusqu’à dormir dans une carcasse et manger un cœur de bison cru. Des propos pas forcément nécessaires même si on lui pardonne aisément au vu de sa prestation complètement dingue. C’est bien simple : l’acteur donne tout, et le voir snobé aux Oscars serait une vraie injustice. Une de plus.

Fin du suspense le 28 février 2016...

Fin du suspense le 28 février 2016…

Présent sur la quasi-intégralité des plans, le comédien éclipse tous ses partenaires, à l’exception de Tom Hardy, qui parvient à s’élever à son niveau pour rendre leur face-à-face plus puissant encore. Assez pour rougir la neige immaculée sur laquelle l’action se déroule et qui recèle de nombreux dangers, alors que Hugh Glass revient de plus en plus vers la nature et sa magie, au cours des quelques pauses qui nous permettent de respirer, avant de nous replonger dans l’action.

Brillant malgré de petits défauts, The Revenant ne devrait toutefois pas réconcilier Alejandro Gonzalez Iñarritù avec ses détracteurs, qui jugent son cinéma trop tape-à-l’œil et doloriste. Les autres risquent de prendre une jolie droite sur grand écran, avec un film comme on en voit trop peu actuellement, qui renvoie à une époque révolue où tout ne se faisait pas sur fond vert. Choisissez donc votre camp, et rendez-vous le 28 février pour les résultats des Oscars. Et le potentiel succès du long métrage.

THE REVENANT d’Alejandro Gonzalez Iñarritù
Scénario Alejandro Gonzalez Iñarritù et Mark L. Smith
Avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy…
Au cinéma le 24 février 2016