Depuis 2014, Arte alimente un dossier multimédia consacré à la « crise » des réfugiés, disponible sur son site web dans la catégorie Info. Des chercheurs et journalistes y ont réuni des chiffres, des infographies, des articles intelligibles expliquant ces massifs mouvements de populations, leurs causes et leurs conséquences, sans oublier de tacler au passage la déplorable politique d’accueil européenne. Une mine d’informations à la portée de tous.

La rédaction a envoyé cinq équipes composées de quatre artistes (un réalisateur, un photographe, un écrivain et un dessinateur) à la découverte de camps de réfugiés comme il en existe désormais des milliers dans le monde. Des camps aux problématiques diverses et aux spécificités bien distinctes, « villages » temporaires qui sont, pour certains, implantés depuis plus de vingt ans. Cette série de cinq films offre à celui ou celle qui s’y intéressera des sensibilités et des rencontres véritablement humaines, sans chichi ni pathos, pour tenter de comprendre ces déplacements et, par la même occasion, comprendre notre monde.

© ARTE/Martin Middlebrook - Camp de Beldangi, Népal

© ARTE/Martin Middlebrook – Camp de Beldangi, Népal

Au Népal, en Irak, au Liban, au Tchad et en France, partout les bombes aveugles, les massacres ou la persécution des minorités ont provoqué la fuite pour la survie. Nous ne sommes pas en présence de simples migrations économiques mais de populations en errance, à la recherche d’une terre d’accueil qui les protègera de la violence. Cette terre d’accueil, tous l’espèrent, aucun ne l’a encore trouvée. Dans l’est du Népal, sept camps ont vu le jour au début des années 90, privant de liberté plus de 100 000 réfugiés Bhoutanais fuyant les persécutions xénophobes. Depuis plus de vingt ans, une nouvelle vie s’est organisée à Beldangi (Let my people go de Regis Wargnier) où les journées sont rythmées par les distributions de nourriture du World Food Program. Au milieu d’une épaisse jungle humide, interdiction de sortir du camp. Il n’y a pas de travail ici, pas d’avenir, plus d’espoir. Ou peut-être encore un, celui de pouvoir bénéficier du Ressettlement Program du Haut Commissariat des Réfugiés (HCR) de l’ONU. Les jeunes rêvent tous de l’Amérique, du Canada, de l’Australie ; pays ayant accepté d’accueillir des réfugiés sur listes d’attentes au compte-goutte.

© ARTE/Reza - Camp de Kawergosk, Irak

© ARTE/Reza – Camp de Kawergosk, Irak

A Kawergosk (Le Temps perdu de Pierre Schoeller), dans le Kurdistan iraqien, près de 15 000 réfugiés du conflit syrien ont été recueillis dans un camp établi en urgence par le HCR, immense étendue de tentes blanches alignées sur un sol boueux et sombre. Faire le ménage, prier, manger, dormir, piétiner les cailloux et patauger dans les flaques. Les mois passent et se ressemblent, sans issue possible. Ils ont, pour la plupart, quitté la Syrie pour la première fois de leur vie et ne veulent qu’une chose : que la guerre se termine enfin. « On ne veut ni à manger, ni à boire, ni de manteaux, ni de couvertures pour l »hiver. […] On veut qu’ils arrêtent de nous tirer dessus » explique  une mère aux traits tirés.

© ARTE/Christina Malkoun - Camp de Burj El-barajneh, Liban

© ARTE/Christina Malkoun – Camp de Burj El-barajneh, Liban

Partout la même absurdité, la même impossibilité d’aller de l’avant, les mêmes murs qui s’élèvent. En banlieue de Beyrouth, au Liban, le camp de Burj el-Barajneh (Nous, réfugiés Palestiniens de Agnès Merlet) a pris des airs de quartier défavorisé en ruines pour une communauté palestinienne comptant près de 20 000 âmes. C’est un quartier-prison, la « tombe des vivants », où chacun tente de survivre en attendant un retour possible vers la Palestine. Ici, la seule activité est la mendicité, au milieu des noeuds de fils électriques et des immeubles sans fondations menaçant de s’écrouler à tout instant. Ici, la jeunesse rêve d’Occident, de droits humains, d’études et d’avenir professionnel tandis que les anciens portent le souvenir de leur terre et souffrent de vivre « sur la terre des autres ».

© ARTE/Khadidja Mahamat Khatir - Camp de Breidjing, Tchad

© ARTE/Khadidja Mahamat Khatir – Camp de Breidjing, Tchad

Depuis 2003, la guerre du Darfour, région de l’ouest du Soudan, a provoqué plus de 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés. En 2004, un camp est établi par l’UNHCR à Breidjing au Tchad pour accueillir les réfugiés du conflit (Le camp de Breidjing de Claire Denis). Aujourd’hui, dix ans après sa création, les tentes ont laissé place à des cahutes, de véritables maisons sorties de terre, et 50 000 personnes vivent et meurent désormais dans cette ville forteresse. Le camp s’est doté d’une école, d’un hôpital, de rues, de places et d’une administration élue pour se charger des problématiques de nutrition et de santé, très présentes ici. Cette communauté soudanaise prévoit la fin de l’aide humanitaire et se prépare à un état d’auto-gestion, dans le cas où elle ne pourrait retourner sur sa terre sans craindre les pillages, les viols et les massacres.

© ARTE/Gaël Turine - Camp de Grande-Synthe, France

© ARTE/Gaël Turine – Camp de Grande-Synthe, France

Arte, qui n’avait, à l’origine, prévu que quatre films dans sa série documentaire, s’est finalement intéressée aux conditions de vie des réfugiés coincés dans le nord de la France. Pour clore son dossier, la chaîne a envoyé la comédienne et réalisatrice Yolande Moreau au camp de Grande-Synthe (Nulle part en France de Yolande Moreau), en banlieue de Dunkerque, où se sont installés à l’automne 2015 près de 3000 réfugiés, Kurdes pour la plupart, dans la forêt boueuse et humide du Basroch. Ils fuient les massacres et la loi islamiste, espérant rejoindre l’Angleterre où se trouve déjà un mari, un frère, un cousin, un ami. Mais la traversée de la Manche leur est interdite et les voilà condamnés à regarder les bateaux rejoindre l’autre rive, risquant chaque nuit une tentative de passage, parfois fatale comme en témoigne le cimetière de la ville décoré de frêles croix de bois gravées de noms « pas de chez nous ». « La République a laissé tomber un peu d’elle-même dans la boue de Grande-Synthe », conclue la cinéaste.

C’est l »histoire d’un monde qui se redessine, d’un monde en mouvement, d’un monde vivant. C’est pourtant l’histoire du refus de la différence, du rejet de l’autre, de la peur, de l’obsession sécuritaire. C’est l’histoire d’un aveuglement général. C’est l’histoire de notre monde. Depuis quand élève-t-on des murs face à l’histoire du monde ?

RÉFUGIÉS 
Série multimédia proposée par Arte Reportage
LET MY PEOLE GO de Regis Wargnier
LE TEMPS PERDU de Pierre Schoeller
NOUS, RÉFUGIÉS PALESTINIENS de Agnès Merlet
LE CAMP DE BREIDJING de Claire Denis
NULLE PART EN FRANCE de Yolande Moreau
Cinq films à voir sur http://info.arte.tv/fr/refugies