Palme d’or ? Non. Prix du jury ? Toujours pas. Prix de la mise en scène alors ? Hélas non. Absent du palmarès cannois, on n’entend pourtant parler que de lui depuis le printemps. Toni Erdmann a enthousiasmé les festivaliers, c’est le moins que l’on puisse dire, et s’apprête à séduire le monde entier en enfonçant les portes. Une vague de fraîcheur cinématographique qui vivifie les âmes et les zygomatiques.

Winfried est un vieil ours bourru, professeur de musique boiteux à la respiration râleuse. Winfied fait des blagues : c’est son hygiène de vie, en témoigne une scène d’ouverture aux frontières du réel qui ne saurait mieux préparer le spectateur à la suite. Quand Winfried s’ennuie, il laisse la place à Toni, son alter-ego grossier et potache au dentier immonde. Bien entendu, face à un paternel de cet espèce, sa fille Inès a choisi une vie d’executive woman froide et sèche, à des milliers de kilomètres de lui. Mais Winfied compte bien briser l’épaisse couche de glace qui emprisonne le coeur de sa petite « Spaghetti ».

 

 

© Toni Erdmann

© Toni Erdmann

Le pitch est d’une banalité confondante mais Maren Ade ne fait que mettre la table. Quand le père débarque à Bucarest à l’improviste pour voir à quoi ressemble la vie de son overbookée de progéniture, il n’est clairement pas le bienvenu. Mais alors qu’on le croit rentré en allemagne, triste vieillard solitaire, Toni Erdmann fait une entrée triomphante. Et durant près de deux heures, il va jouer avec nos nerfs en distillant tranquillement une absurdité jouissive dans un univers tendu comme un string. La salle est toute acquise aux bêtises de ce clown emperruqué extrêmement attachant. Le duo est irresistible. Inès meurt de honte et nous nous en lêchons les babines.

Toute l’intelligence de cette comédie diesel réside dans sa capacité à épuiser notre resistance à la folie. On entend les spectateurs craquer les uns après les autres, les rires nerveux fusent et la pression explose lors d’une scène d’anniversaire magistrale qui nous achèvera une fois pour toute. On a rarement vécu ça au cinéma. C’est l’effet Toni Erdmann, un bijou de sensibilité et une bombe comique inattendue.

TONI ERDMANN de Maren Ade
Scénario Maren Ade
Avec Peter Simonischek, Sandra Hüller…
Sortie le 17 août 2016