*Double critique*
Quand il y a débat après spectacle, c’est qu’il y a un Pour et un Contre

POUR – par Célia Clavel

C’est le portrait intime d’un père par sa fille. Ses mots à lui, sa voix à elle. Julien Fisera nous propose une adaptation théâtrale du livre de Valérie Mréjen qui, à travers le monologue de l’un, nous parle du manque, de l’absence, de cet autre qui va, vit et devient.

Lui faire dire à elle, éternelle muette, la partition du père, ses incessantes interrogations et ses soliloques, nous permet de restituer un quotidien, une intimité touchante et le lien élastique entre ce père un peu perdu face à sa fille devenue adulte. Bénédicte Cerutti, quasi immobile, impassible et détachée fait résonner les mots du père, ses questions, ses conseils entendus mille fois, ses remarques sur sa vie à elle, ses reproches aussi. Le dispositif visuel qui rétro-projette en direct l’image de l’actrice en larsen vidéo nous laisse imaginer l’ombre du père omniprésent ou son ombre à elle, ailleurs quand elle est avec lui.

Subtil témoignage de l’amour des parents et de l’ingratitude des enfants, cette Eau Sauvage est l’effluve du souvenir vivace d’un père aimant et maladroit.

© Simon Gosselin

© Simon Gosselin

CONTRE – par Léa Coffineau

Elle est assise là, sur un tapis moelleux, bien au chaud dans le cadre de sa vie. Un petit ventre pointe son nez sous sa chemise blanche. Elle porte la voix de son père, toutes ces remarques, ces recommandations et ces réflexions qu’elle a entendues et ressassées depuis son plus jeune âge. La proposition est intéressante : donner à la fille la possibilité de faire exister celui qui n’est plus là par le souvenir des mots.

Pourtant, rapidement, la voix chantante, le texte trop bien su et le ton monotone de la comédienne nous plonge dans un demi-sommeil bercé par une jolie musique douce. Bénédicte Cerutti, horriblement statique, est enfermée dans une grande boîte blanche dont la signification finit par nous échapper tant elle empêche toute communication avec le public. Le manque de générosité et l’absence totale d’émotions de la part de cette fille ingrate est d’une cruauté oppressante.

La solitude et la quête d’amour du père est moquée, ridiculisée par cette adulte égoïste et pressée : un récit que le metteur en scène, Julien Fisera, qualifie d' »universel ». On rentrera donc chez nous avec le projet de lui prouver le contraire.

EAU SAUVAGE de Valérie Mréjen
Mise en scène Julien Fisera
Avec Benedicte Cerutti
Espace Virginie Mira
Dispositif et régie vidéo Jérémie Scheidler
Lumières Kelig Le Bars
Musique Alexandre Meyer
Du 15 septembre au 2 octobre 2016
www.theatre-paris-villette.fr
www.compagnieespacecommun.com