Pour sa deuxième création, la Compagnie Les Oiseaux de nuit a choisi de monter une pièce brute et sombre : ADN de Dennis Kelly. Une adaptation réussie qui offre à voir une troupe investie et prometteuse dans une mise en scène épurée de Marie Perret et Doriane Gautreau.

A l’entrée des spectateurs les comédiens sont déjà en jeu. Le public traverse la scène où un groupe de jeunes gens discute, rit, boit, chante. A l’écart, une jeune fille participe de loin et apparaît comme le bouc émissaire de la bande. Une ambiance dérangeante s’installe avant de nous plonger dans l’histoire : celle d’un groupe d’adolescents partis en forêt qui malmènent puis torturent une de leurs camarades et la laissent pour morte.

Face à cet événement terrible, qui est le point de départ de la pièce, les jeunes s’organisent et choisissent de se préserver en dépit de tout. Au delà des doutes, de la culpabilité, du remord, c’est l’intérêt collectif (ou personnel) qui prévaut. La pièce nous amène à suivre la réaction de chacun et les effets de cet acte sur leurs vies.

« Tout le monde est plus heureux comme ça. Qu’est-ce qui est le plus important ; une seule personne ou bien tout le monde ? »

ADN montre à voir une réalité dont nous avons tous été un jour témoin, acteur ou victime : la prédominance du groupe sur l’individu, l’effet pervers de la bande qui se moque, humilie, et dérape, ici jusqu’à la torture et la mort. Tout cela sans qu’aucune voix ne se fasse entendre assez fort pour contrer le mouvement.

Si la pièce nous rappelle indiscutablement le sujet d’actualité du harcèlement à l’école, et celui de la violence pernicieuse ou affichée, elle va bien au delà. Elle pose les questions des jeux de pouvoir, de la responsabilité, de la prise de conscience, de l’identité et de la place de l’humanité au sein d’un groupe.

Le choix d’une mise en scène minimaliste laisse toute la place aux onze comédiens qui campent des personnages archétypaux souvent d’une grande justesse. Les jeux de lumière et la bande son apparaissent comme des acteurs à part entière tant ils accompagnent la montée en tension tout au long de la pièce.

Un travail prometteur à découvrir et une compagnie à suivre.

ADN (ACIDE DESOXYRIBONUCLEIQUE) de Dennis Kelly
Mise en scène Marie Perret & Doriane Gautreau
Avec Flore Babled, Stephane Belhandouz , Alexandra Branel, Lionel Correcher, Doriane Gautreau, Maroussia Henrich, Marieva Jaime-Cortez, Robin Manella, Victoire Lou Leboucher, Marie Perret, Yoann Rollo
Du 28 septembre au 2 octobre 2016 au Théâtre de l’Opprimé
12 Rue du Charolais (12e), M° Dausmesnil
www.theatredelopprime.com
http://lesoiseauxdenuit.wixsite.com