En adaptant la pièce d’Henrik Ibsen Une maison de poupée qui avait fait scandale en 1879 en retraçant l’émancipation radicale de Nora, femme dominée son mari, Lorraine de Sagazan tente de s’interroger sur les diktats de genre liés à la condition d’être homme ou femme en 2016. 

Nora et Torvald forment un couple que l’on pourrait qualifier de « moderne » parce que hors des schémas traditionnels. Elle a un super job qui rapporte beaucoup, lui a mis sa carrière entre parenthèse et s’occupe des enfants. Ils baignent dans un bonheur merveilleux, jusqu’à ce que tout se fissure quand est révélé un secret mettant en danger Torvald et faisant vaciller la réussite professionnelle de Nora.

Dans une mise en scène dynamique où les spectateurs installés sur trois côtés cernent l’espace de jeu, les comédiens du Théâtre de la Brèche, complices, s’invectivent, improvisent et déroulent les éléments du drame à venir. C’est plaisant à regarder mais très vite, on perd le fil de la narration pour déboucher sur un final déroutant où l’héroïne revendique violemment égalité et liberté sans que l’on comprenne vraiment ce qui l’a conduite à cette explosion.

© Juliette Medelli

© Juliette Medelli

L’explication viendra plus tard, à la lecture du texte original qu’il était nécessaire d’avoir lu pour saisir toutes les subtilités de l’adaptation et comprendre notamment, que les rôles principaux ont été inversés.

Le parti pris est intéressant. La condition des femmes ayant bien changé en un siècle, renverser les rôles permet de dénoncer les nouvelles luttes qui existent entre les sexes : l’homme doit désormais se justifier de ne pas courir après le prestige et à la femme doit prouver qu’elle peut réussir professionnellement par son seul mérite.

Mais là où l’adaptation aurait gagné à se détacher de l’œuvre, Lorraine de Sagazan y revient totalement en reprenant le même final et laissant le spectateur perplexe devant les incohérences entre les narrations qui s’entrechoquent.

La Nora d’Ibsen est considérée comme une petite chose futile et fragile par son mari. Et quand elle déclare être avant tout un être humain au même titre que lui, ce sont des années de soumission et d’infantilisation qui lui éclatent au visage. La Nora de Sagazan semble tout au long de la pièce être l’égale de son mari, aucun geste, aucun mot nous permettant de déceler la domination morale et insidieuse du masculin. Le personnage de Torvald également ne résiste pas à l’inversement des rôles : de mari attentif et père comblé capable de tout par amour pour sa femme, il devient monstre d’égoïsme sans aucune explication.

Le fait de changer les rôles conduit seulement à brouiller le récit de ce destin de femme, qui en devient bien moins percutant que l’original. Ce qui faisait la force du texte d’Ibsen est dissipé dans une histoire un peu banale d’un couple bourgeois sans grande profondeur. Décevant.

UNE MAISON DE POUPEE de Lorraine de Sagazan
avec Lucrèce Carmignac, Romain Cottard, Jeanne Favre, Antonin Meyer Esquerré et Benjamin Tholozan
Du 11 octobre 2016 au 15 octobre 2016 au Théâtre de Vanves
12 rue Sadi Carnot (Vanves), M° Malakoff-Plateau de Vanves
www.theatre-vanves.fr