Suzanne est une collégienne en proie à tous les doutes que l’on traverse pendant cette période turbulente qu’est l’adolescence, faite de découvertes, de transformations et de restes d’enfance. Au travers des lettres reçues par la metteuse en scène Louise Bataillon, entre ses classes de cinquième et de troisième, Suzanne se dessine et apparaît sous nos yeux comme le témoin d’une génération.

C’est le portrait en creux d’une ado, ses préoccupations et sa quête d’identité qui, bien qu’ancré dans les années 2000, avant l’ère du smartphone et de la communication instantanée, restent universelles. Le travail de mise en scène permet de rendre vivants ces courts écrits : les personnages identifiés par des totems, le travail graphique d’Anouk Rabot réalisé et vidéo-projeté en direct et les intermèdes musicaux de tubes instantanément identifiables parviennent à recréer un petit monde gentiment foutraque, hésitant mais bien protégé.

La pièce nous fait l’effet des chewing-gums Malabar que l’on mâchait à cette époque-là. Sucrée et éphémère, elle nous ramène en un clin d’œil quinze ans en arrière.

Par Célia Clavel

© Charlotte Michalak

© Charlotte Michalak

Suzanne a douze ans et entre en cinquième dans un collège parisien. Son père, personnage important et très occupé, lui envoie des lettres depuis le Mexique. Sa mère, remariée, lui envoie tout son amour depuis sa nouvelle vie. Papi et Mamie prennent des nouvelles de leur petite-fille depuis leurs différents lieux de villégiature. Et puis il y a ses copines qui remplissent chaque jour son agenda de petits mots doux, de confidences et de « Big Bisous Bien Baveux ». C’est sans aucun doute ces dernières qui font la sève et l’intérêt majeur de cette création auto-biographique quelque peu bordélique.

On se rappelle ce besoin vital d’encrer, de prouver, d’entretenir l’amitié qui permettait de survivre à ces années si difficiles. La construction bancale des mots d’enfant, le charme et la naïveté de l’écriture sont rendus avec justesse par une distribution mixte donnant du relief aux personnages de fillettes hystériques à la limite de la caricature. Le manque de dramaturgie fait cependant tendre la proposition vers une simple introspection égocentrée et on se pose la question de « l’universalité » de ces bribes de vie ancrés dans une époque si marquée et un environnement si privilégié…

Par Léa Coffineau

POUR LA CARTE POSTALE J’AURAIS PRÉFÉRÉ LA VIERGE EN PYJAMA par la Compagnie du dernier étage
Mise en scène Louis Bataillon
Avec Jordan Besnainou, Camille Faye, Nicolas Hardy et Noëlle Thibault
Dessins Anouk Rabot
Scénographie Carine Ravaud
Création lumière Clémentine Gaud
Création musicale Camille Faye et Noëlle Thibault
Du 26 au 29 octobre 2016 auThéâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du Temple, M° Belleville (11e)
www.theatredebelleville.com
http://lacompagniedudernieretage.fr