Dix flammes. Dix femmes d’ici et d’aujourd’hui, minorité parmi les minorités, souvent silencieuses. Elles prennent la parole pour se faire entendre et témoigner, sans drame et sans violence, de leur existence. C’est juste, c’est féministe, c’est puissant.

Elles se présentent une à une au milieu de la grande scène. Chacune nous offre quelque chose, du chant, de la danse, quelques mots dans une langue qui vient de loin. Chacune nous offre quelque chose comme pour nous remercier d’être là à les écouter, enfin.

Elles nous parlent pour revendiquer la place qu’elles méritent. Ni putes, ni soumises, ni victimes, ni promises, ce sont des êtres humains et sur cette scène, elles occupent la place qui leur revient. Car ces filles-là, la plupart du temps, on ne les entend pas. On les imagine invisibles derrière leurs pères, leurs frères et leurs vies forcément difficiles. Leur voix pourtant est essentielle aujourd’hui pour comprendre ce que c’est d’être la troisième génération issue de l’immigration, de venir de quartiers difficiles et d’être une femme. Comment elles luttent, avec ce triple fardeau, pour leur identité française et leur liberté, au sein de leur famille et de la société.

La mise en scène est sobre, un micro et des chaises où chacune s’assoit tour à tour après avoir témoigné, soutien sororal indispensable. Les portraits vidéographiques projetés de Nicolas Clauss nous fixent, troublants et si vivants.

© François-Louis Athénas

© François-Louis Athénas

On imagine le travail nécessaire pour aboutir à une proposition d’une telle justesse. Le foisonnement d’échanges, d’explorations et d’écritures pour théâtraliser les expériences des interprètes non professionnelles mais absolument formidables. Ahmed Madani a su canaliser et sublimer leur énergie pour les faire accéder à la lumière, en étant elles-mêmes, héroïnes de leur propre destinée.

Chacune nous offre quelque chose et c’est nous qui devrions les remercier. De nous mettre face à nos malheureux réflexes quand le dialogue dégénère, de nous faire comprendre qu’elles veulent l’égalité, pas la pitié. De nous montrer l’espoir qu’elles ont su chercher et trouver dans leurs histoires, leurs passés. Les remercier de nous parler de cette liberté que leurs mères n’ont pas toujours su saisir, mais qu’elles promettent de transmettre à leurs filles.

Loin des statistiques foireuses et des experts déconnectés, des préjugés moroses et des prédictions désespérées, F(l)ammes mêle intime et politique en laissant parler celles qui savent. Ceci n’est pas un spectacle, c’est la vie. Et c’est une nécessité d’aller les écouter.

F(L)AMMES d’Ahmed Madani
Avec Anissa Aou, Ludivine Bah, Chirine Boussaha, Laurène Dulymbois, Dana Fiaque, Yasmina Ghemzi, Maurine Ilahiri, Anissa Kaki, Haby N’Diaye, Inès Zahoré
Du 16 novembre au 4 décembre 2016 à la Maison des métallos
94 rue Jean-Pierre Timbaud, M° Couronnes (11e)
www.maisondesmetallos.org