Contre quoi, contre qui, ce n’est pas vraiment l’important. Ce qui compte c’est d’être ensemble, de réfléchir, de s’empoigner et d’essayer de faire quelque chose de cette énergie dévorante dans un monde désespéré.

Nous sommes en 1934. Ou en 2017. Peu importe. Nous savons juste que les temps sont troublés et l’avenir incertain. Dans un grand théâtre, huit jeunes acteurs ont décidé de se révolter. Une mutinerie contre la société, l’ordre établi et le relent des tentations extrêmes. Chacun mène un combat, pour ses idées et pour soi-même, pour exister et pour trouver une manière de vivre et de penser qui ne soit pas celle qu’on lui assigne. Entre idéal et trivialité, nous suivons ces personnages, capables d’éclats comme de bassesses, tenter de créer une communauté pour débattre, lutter et exister.

© Sonia Barcet

© Sonia Barcet

L’évidente complicité de Marion Aubert, auteure, et de Marion Guerrero, metteuse en scène, transparaît dans ce travail admirablement lucide et abouti, truffé de références aux travaux de Jacques Rancière, philosophe de l’émancipation politique. Avec une mise en scène riche et fourmillante d’idées qui nous fait naviguer entre les époques, la révolution de ces jeunes se teinte de la nostalgie des combats passés et du lustre des héros idolâtrés, qui pèsent lourd sur leurs frêles épaules de révoltés.

L’intelligence de Tumultes est de délivrer un théâtre engagé, tout en restant ludique et divertissant. Sans complaisance ni facilité, cette bande de comédiens invite – que dis-je – somme le spectateur de s’interroger, de réfléchir à ses propres réactions et convictions quant à l’engagement politique, le débat démocratique et l’espoir. C’est un théâtre qui provoque un tumulte salvateur dans cette époque d’apathie généralisée et cet intolérable immobilisme citoyen. C’est un hommage aux idéaux de jeunesse, à cette fougue et cette contestation, souvent propres à l’âge où les choses se construisent et où les perceptions des autres et du monde s’aiguisent. C’est une pièce universelle, intergénérationnelle et intemporelle.

Et quand, dans un dernier monologue fulgurant, l’une des comédiennes se pose la terrible question de ce qu’il va rester de leur révolution, nous voulons la rassurer : l’élan qu’ils ont su impulser nous suivra longtemps une fois le rideau tombé.

TUMULTES de Marion Aubert
Mise en scène Marion Guerrero
Avec Julien Bodet, Gaëtan Guérin, Thomas Jubert, Gaspard Liberelle, Aurélia Lüscher, Tibor Ockenfels, Maurin Olles, Pauline Panassenko, Manon Rafaelli, Aurélie Reinhorn, Mélissa Zehner
Scénographie Alice Duchange
Costumes Marie-Frédérique Fillion
Lumières Bruno Marsol
Son et régie Yannick Vérot
Du 1er au 15 mars au Théâtre Paris-Villette
211 avenue Jean Jaurès,  M° Porte de Pantin (19e)
www.theatre-paris-villette.fr