Le Dindon

Le Dindon de Philippe Adrien, créé en 2010 au Théâtre de la Tempête, débarque en ce mois de juin au Théâtre de la Porte Saint-Martin après avoir rencontré un large succès public et critique à travers tout l’hexagone. Je m’y suis donc rendue, tentant de faire abstraction de tout ce que j’avais lu à son sujet.

Quelques mots sur l’intrigue : Deux femmes jurent de se venger si un jour elles sont trompées, un jeune noceur jure de les venger si un jour elles sont trompées, un mari court les jupons de tout Paris, l’autre tente de se débarrasser d’une Anglaise un peu trop collante… Qui sera cocu ? Qui fera cocu ? Qui sera le dindon de la farce ?
Dès l’extinction des lumières de service, le spectateur est plongé dans un univers visuel aux allures de film policier des années cinquante. La scène est très faiblement éclairée, une belle jeune femme se fait poursuivre, effrayée, par un homme en imperméable sur un ingénieux plateau tournant, comme dans un dédale de petites rues étroites et sombres. Pourtant il est bien ici question d’une comédie farcesque et c’est là l’intelligence de la mise en scène d’Adrien : mélanger les genres pour revenir toujours plus fort au texte de Feydeau et lui donner une nouvelle dimension.

Le décor est sobre, sans froufrous ni mobilier rococo et laisse place au jeu physique de douze comédiens survoltés. Les personnages de ce vaudeville sont campés avec précision et engagement. L’exquise Alix Poisson dans le rôle de Lucienne est absolument parfaite et nous séduit dès les premières minutes, et les excellents Jean-Pierre Chapuis (Pontagnac) et Joe Sheridan (Soldignac) apportent une belle touche de fantaisie à une partition parfois trop bien rodée. Car si ce Dindon ne m’a pas complètement conquise, c’est en grande partie dû à sa machinerie trop bien huilée et à sa perfection technique qui manque de fraîcheur et d’inattendu.

Les comédiens sont lancés dans le texte de Feydeau comme sur un tapis roulant et sont quelquefois trop concentrés sur leur jeu pour y trouver l’imprévu, l’accidentel qui ferait respirer l’ensemble et éviterait les longueurs. Les bruitages et effets sonores semblant sortis de nulle part ringardisent les gags et n’apportent rien à l’action qui se débrouille très bien sans eux. Toutefois les mots de l’auteur nous parviennent et l’on peut dire que la plus grande blague de Feydeau fonctionne toujours : faire rire à son insu un public petit bourgeois en lui montrant ses propres vices et travers.

LE DINDON de Georges Feydeau
Mise en scène de Philippe Adrien assisté de Clément Poirée
Avec Eddie Chignara, Joe Sheridan ou Dominic Gould, Alix Poisson ou Valérie Blanchon, Caroline Arrouas ou Mila Savic, Pierre-Alain Chapuis ou Pierre Diot, Bernadette Le Saché ou Agnès Chateau, Pierre Lefebvre, Guillaume Marquet ou Hubert Benhamdine, Luce Mouchel ou Florence Muller, Juliette Poissonnier, François Raffenaud ou Patrick Paroux, Vladimir Ant
Scénographie Jean Haas
Lumères Pascal Sautelet
Musique Stéphanie Gilbert
Costumes Hanna Sjödin
À partir du 4 juin 2013 au Théâtre de la Porte Saint-Martin
18 boulevard Saint-Martin (10e), M° Strasbourg Saint-Denis
www.portestmartin.com

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