Kabaravan

Au détour d’une ruelle d’Avignon, dans la cour d’une école primaire et à l’ombre des platanes, une petite caravane de tôle rouge cabossée. Elle s’est échouée là, sur un terrain vague, et ne veut plus redémarrer. Un couple de voyageurs et leur jeune fille y vivent, misérables, dans l’attente de trouver le moyen de reprendre la route. Cette petite famille aux accents d’ailleurs est en chemin pour l’Eldorado, la Terre promise, la Terre d’asile qui pourra leur apporter richesse et prospérité : « Adkiladaia ». Mais voilà qu’un certain Jezebond, fantasque aventurier en blouson de cuir qui se dit originaire de ce paradis rêvé, frappe à leur porte. Méfiants, Claudiech et Gournia le chasse à coup de balai mais la jolie Marouzzé tombe rapidement sous le charme de ce pitre aux allures de crooner.

Kabaravan nous propose de partir en voyage avec ces quatre éclatants personnages en guenilles. Emportés par des rythmes festifs, des sonorités de l’est, du sud, tziganes et orientales à la fois, les spectateurs ne peuvent que prendre leur billet. Autour de cette caravane semblant tout droit sortie d’un cartoon, quatre excellents comédiens et chanteurs accompagnés d’un étonnant pianiste nous invitent dans leur danse avec une générosité, une proximité et une joie de vivre rarement égalée. Pour nous faire quitter notre monde à nous, ils ont inventé leur langage à eux, ponctué de mots reconnaissables, sortes de petits clins d’œil qui nous permettent de bien les suivre. Mais étrangement, dès les premières minutes, la barrière de la langue s’efface et leurs voix enchanteresses nous emportent.

Kabaravan charme par son exotisme et son histoire d’amour tortueuse, mais nous touche et nous questionne tout autant. Adkiladaia saura-t-elle les accueillir à bras ouverts ? Pas si sur. Les frontières sont souvent bien plus que de simples lignes sur une carte et Jezebond nous mettra en garde contre la face cachée du drapeau étoilé : « Eldorado tout doré qui brille, bah because c’est nous qui frotte ! ». Avec simplicité et justesse, le Vox International Théâtre met les pieds dans le plat en nous chantant une ôde à l’ouverture d’esprit dénuée de niaiserie et une jolie critique de nos discours politiques hypocrites. Avec humour et intelligence, ces quatre grands artistes nous alarment du risque grandissant de laisser les autres penser à notre place, par matraquage médiatique et par résignation.

Kabaravan nous exhorte à vivre libre.

KABARAVAN
Direction artistique Guillaume Paul
Avec Philippe Cordoniu, Guillaume Paul, Camille Pasquier, Violette Jullian et Raphaël Macler
Costumes Maryline Messina
Décors Maryline Messina et Chloé Laurencin
Son et lumières Jérémy Chartier, Julien Lamaze, Pierre Lebegue, Loick Lambert
Production Vox International Théâtre
Du 8 au 31 juillet 2013 à l’Ecole du Spectateur
5 place Louis Gastin, 84000 Avignon
www.voxinternationaltheatre.fr

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s