Nanine

Pour sortir du coffre ce texte méconnu de Voltaire, Laurent Hatat a réuni sous sa direction cinq jeunes comédiennes issues de l’Ecole Professionnelle Supérieure d’Art Dramatique de Lille, avec la collaboration de Julien Gosselin à la mise en scène (ce dernier présente en parallèle au Festival d’Avignon son adaptation des Particules élémentaires de Michel Houellebecq avec ces mêmes jeunes femmes au casting).

Dans cette courte pièce, Voltaire s’attaque encore une fois à la question de l’égalité des hommes et du pouvoir des plus riches sur le destin des plus pauvres. Le Comte d’Olban, courtisé par la vénéneuse Baronne de l’Orne, tombe sous le charme de Nanine, superbe jeune pousse malheureusement venue au monde sans titre ni bien. Contre combien de murs devra-t-il se heurter pour enfin se résoudre à lui demander sa main ? Et la belle Nanine aura-t-elle son mot à dire ? S’unir à un homme de nom, est-ce le seul salut espérable pour une jeune femme sans condition ?

Laurent Hatat a fait le choix surprenant d’une distribution exclusivement féminine, sans doute afin de donner plus de puissance au message féministe avant l’heure des propos de l’auteur. Accompagnées du pianiste et compositeur Johann Chauveau, ces cinq nénettes effrontées prennent à bras le corps leurs personnages et, prise de risque, donnent ponctuellement vie en chansons aux décasyllabes de Voltaire. L’ambition est audacieuse mais réussie et fait respirer le texte. Les personnages se croisent et se fuient sur un plateau dépouillé, uniquement meublé d’une méridienne, au centre du public. C’est donc dans une grande proximité avec le spectateur qu’évoluent sans fard nos cinq super-nanas. Malheureusement, le niveau de jeu parait parfois inégal, manque de corps, et l’on a du mal à croire au personnage du Comte Olban interprété par la blonde et féminine Tiphaine Raffier. La question du désir, très présente dans le texte de Voltaire, est édulcorée et le jeu de l’attirance saphique maladroitement abordé. On est toutefois séduit d’emblée par la malicieuse et longiligne Victoria Quesnel dans le rôle de la Baronne de l’Orne ainsi que par la fantasque Noémie Gantier, très juste Marquise d’Olban.

Une mise en scène fraîche, drôle et accessible d’un texte brillant qui mérite d’entrer à nouveau dans la lumière.

NANINE de Voltaire
Mise en scène Laurent Hatat assisté de Julien Gosselin
Avec Mounya Boudiaf, Noémie Gantier, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Tiphaine Raffier et Johann Chauveau (piano)
Lumières David Laurie
Musique originale Johann Chauveau
Production Anima Motrix
Du 14 au 28 juillet 2013 à la Présence Pasteur
13 rue du Pont Trouca, 84000 Avignon
www.animamotrix.fr

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