Marguerite et moi

Cette année, le 4 avril exactement, la romancière, dramaturge, scénariste et réalisatrice Marguerite Duras aurait eu cent ans. A cette occasion, la Compagnie Métro Mouvance, emmenée par le metteur en scène Dominique Terrier, nous offre Marguerite et moi, confidence subtile issue de l’étude d’extraits vidéos, radios, et d’écrits de la petite fille de Saïgon, disparue en 1996.

Un plateau presque vide, un cendrier, évidemment, un radio transistor, un petit camion pour enfants et quelques lampions. Une femme entre, les cheveux tirés, l’air sévère, et se confie à nous le plus simplement du monde. Elle nous parle de son besoin de toujours avoir une quarantaine d’aliments en double dans sa cuisine. Elle nous parle de patates sautées, de son frère, de sa mère qui l’appelait sa « petite misère » et, doucement, comme on glisse dans un roman, nous fait entrer dans son intimité.

Le travail de Fatima Soualhia Manet sur le personnage énigmatique de Marguerite Duras est admirable, époustouflant. Tout en finesse, sans jamais vouloir prendre sa place, la comédienne nous fait parvenir la parole de l’auteure, ses dégoûts et ses plaisirs. Fatima Soualhia Manet se fait vecteur de la liberté de Duras, de sa fureur et de sa révolte. Elle nous suggère sa diction si particulière, sa silhouette stricte et guindée, son regard froid, sa moue désabusée, sans jamais la singer. Face à elle, Christophe Casamance campe le journaliste respectueux et admiratif, l’homme de l’ombre, qui voudrait comprendre, percer le mystère de cette femme si froide et sensible à la fois. Il est la voix du spectateur, celui qui ose prendre la parole et cherche à aller plus loin. Le verbe de Duras nous apparaît soudain d’une extrême modernité, intransigeante et libérée. Sa réflexion sur l’enfance, le rapport à la mère, la pauvreté, son rapport à l’alcool, à la politique et à l’écriture nous sont apportés sans détour par la voix rauque d’une comédienne sublime et habitée.

Marguerite et moi est une rencontre singulière et envoûtante avec une femme pleine de vie, d’humour et d’intelligence. Une rencontre adressée à tous ceux qui, à la question « Admettez-vous que d’autres pensent autrement que vous ? », répondent « Non, je ne l’admets pas ».

MARGUERITE ET MOI
création sur une idée originale de Dominique Terrier
Mise en scène et interprétation Fatima Soualhia Manet et Christophe Casamance
Scénographie Ludovic Billy
Création vidéo Fatima Soualhia Manet
Création sonore Thomas Matalou
Lumières Flore Marvaud
Coproduction Théâtre de Belleville et Compagnie Métro Mouvance
Du 5 février au 13 avril 2014 au Théâtre de Belleville
94 rue du faubourg du Temple, M° Belleville
www.theatredebelleville.com
www.metromouvance.fr

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s