Papiers d’Arménie ou sans retour possible

A l’occasion du Prix Théâtre 13, Sévane Sybesma a choisi de rendre hommage au génocide arménien perpétré en 1915 pour sa première mise en scène.

Ellle ouvre le bal cette année avec Papiers d’Arménie ou sans retour possible de l’auteure belge Caroline Safarian. Ce texte, publié en 2008, traite de la difficulté, encore aujourd’hui, d’une partie du peuple turc à reconnaître ses exactions envers le peuple arménien. Deux jeunes hommes sont assis côte à côte dans un train qui, ils l’apprendront plus tard, les mène à la même audition, pour le même rôle. Levent est turc, Azad est arménien et les circonstances vont les pousser à échanger leurs identités, le temps du voyage. S’engage alors un bras de fer, un dialogue de sourds avec pour point d’ancrage le devoir de mémoire. L’un porte malgré lui la souffrance de son peuple, l’autre voudrait pouvoir échapper aux erreurs de ses ancêtres. On comprend alors la complexité rencontrée par cette jeune génération, née des dizaines d’années après les déportations, ayant grandi avec pour seule histoire le discours de leurs aïeux.

Caroline Safarian fait exister le sang et le déracinement du peuple arménien sous les traits d’une femme, Hélène, ancêtre du jeune Azad. La mise en scène de Sévane Subesma fait le judicieux choix de confier la figure d’Hélène à un choeur composé de quatre femmes, quatre corps, quatre voix. La tragédie fait alors inévitablement son entrée sur scène. Et c’est dans cette brèche que s’engouffre à corps perdu la jeune metteure en scène. Visages crispés et tordus, voix d’outre tombe, diction saccadée, cris déchirants, conflit permanent ; l’émotion est bien en mal de s’extirper de tant de pathos. Quelques touches d’humour sont amenées par le loufoque personnage du contrôleur, sans réelle justification. Le sujet est grave, le texte est militant et la mise en scène de Sévane Sybesma ne fait qu’appuyer les mots de l’auteure, y ajoutant quelques jolies idées plastiques et scénographiques mais omettant de soigner les personnages porteurs de cette parole. Le texte est seul maître, les comédiens et leur spontanéité est abandonnée.

Le travail de cette jeune compagnie est lisible mais terriblement monotone et souffre d’un manque d’excentricité et de sincérité, ingrédients nécessaires à notre empathie.

PAPIERS D’ARMENIE OU SANS RETOUR POSSIBLE de Caroline Safarian
Mise en scène Sévane Sybesma
Avec Loreleï Daize, Nouritza Emmanuellian, Stéphanette Martelet, Véronique Boukali (musicienne), Pascal Neyron, Maximilien Neujahr et Vincent Delouzilliere
Le 10 juin 2014 à 19h30
Le 11 juin 2014 à 20h30
Théâtre 13 / Seine
30 rue du Chevaleret (13e), M° Bibliothèque F. Mitterand
www.theatre13.com

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