Le cas de la famille Coleman

L’auteur argentin Claudio Tolcachir nous dépeint là une famille bordélique à souhait, sans un sous pour se payer le luxe du café matinal et parfois un peu déviante sur les bords. Les Coleman vivent les uns sur les autres dans un petit appartement mal entretenu, entre cris et crises de nerds, s’organisant tant bien que mal autour de Néné, mère de famille simple d’esprit, et de Marito, frangin psychopathe incarné par le très bon Paul Jeanson. Cet équilibre désordonné est soudain bousculé par le malaise cardiaque de la grand-mère qui va les obliger à ouvrir la porte vers l’extérieur et libérer des envies d’ailleurs.

Johanna Boyé nous plonge illico dans le bain tourbillonnant du quotidien des Coleman, une atmosphère nauséabonde et miteuse où évoluent cinq personnages remarquablement distribués. Cependant le tourni vient rapidement à nous prendre, ça tourne, ça court, ça saute, ça crie et la volonté de figurer le chaos familial tend à l’hystérie générale. Cette première partie démarre fort et se trouve très vite bloquée à un niveau de tension linéaire, heureusement cassé par le malaise de Grand-Mère, qui ouvre une brèche dans le mur de cette prison domestique.
La chambre d’hôpital, grise et aseptisée, sera le décor du second tableau, théâtre de l’explosion des Coleman. L’arrivée de Veronica, fille prodige élevée auprès de son père, vient mettre en exergue les dysfonctionnements cocasses du noyau familial et révéler ses cruels secrets. Le rythme s’apaise et nous donne le temps de nous attacher encore un peu plus à Néné et Marito, incapables de rester dans surveillance, et de remarquer ce sentiment de culpabilité qui oblige les autres à rester.

Le Cas de la Famille Coleman est une peinture acide et burlesque de ces non-dits et absurdités assimilées qui nous poussent à rester fidèles à notre tribu Peinture qui souffre étrangement d’un manque d’investissement émotionnel, au profit d’une chorégraphie millimétrée et d’un rythme endiablé. Ce petit quelque chose qui nous parvient jusqu’au coeur.

Article publié dans I/O le 08/07/2015

LE CAS DE LA FAMILLE COLEMAN de Claudio Tolcachir / Traduction Ana Karina Lombardi
Mise en scène Johanna Boyé
Avec Paul Jeanson ou Arnaud Dupont, Guillemette Barioz, Brigitte Faure, Fanny Aubin, Elise Noiraud, Jacques Trin ou Kamel Isker, Boris Ravaine et Julien Urrutia
Costumes Mélisande de Serres
Lumières Cyril Manetta
Scénographie Julie Benegmos et Anna Crosby
Création musicale Kevin Carro
Production Les Sans Chapiteau Fixe
Du 5 au 27 Juillet 2014 au Théâtre des 3 Soleils
4 rue Buffon, 84000 Avignon
www.les3soleils.fr
www.les-sans-chapiteau-fixe.fr

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