Ni dieu ni diable

En juin dernier, Julie Duquenoÿ et Augustin Billetdoux remportaient le Prix Théâtre 13 avec Ni Dieu Ni Diable, s’assurant ainsi une jolie promotion et l’exploitation de leur spectacle sur de prestigieuses scènes parisiennes.

Le jeune auteur Augustin Billetdoux s’était pour l’occasion affairé à l’adaptation des Deux Etendards de Lucien Rebatet, épais roman contant le passage à l’âge adulte de Régis, Michel et Anne-Marie, jeunes bourgeois du Lyon des années 1920. Nous ne nous attarderons pas ici sur le choix étrange de cette oeuvre, signée par un écrivain condamné pour antisémitisme et apologie du collaborationnisme en 1945. Ici se pose pendant quatre-vingt-dix longues minutes la question suivante : « Est-ce pêcher que d’aimer ? ».

Dans un décor froid uniquement meublé de tonneaux rouillés dont la signification nous échappe, deux narrateurs se présentent à nous, nous invitant maladroitement à entrer dans leur histoire. Ces deux comédiens, sans grande consistance, encadreront péniblement l’action d’un ton monocorde, sans passion, presque soporifique. Les trois protagonistes de cette pseudo réflexion théologique, comme cloués au sol, vidés de toute énergie musculaire, se traineront à travers le plateau, récitant un texte bavard à souhait. Les tirades s’échangent dans une mélasse terriblement ennuyeuse de questionnements sur l’amour de Dieu opposé à l’attrait de la chair, sans aucune évolution. Que veut dire Billetdoux ? Où veut-il en venir ? Assiste-t-on ici à l’apologie de la foi ou à une simple succession de jolis discours ? Un malaise envahit la salle.

Des images semblent tenter de rattraper le vide mais la poésie ne suffit pas. La rébellion ne prend pas. Les comédiens sont abandonnés là par leurs metteurs en scène, plantés dans un décor terriblement triste et sombre. Rien n’explose. On ne peut mieux dire que l’un des personnages lorsqu’il s’exclame : « Faites les taire, qu’y a-t-il de vif derrière cet embrouillis de mots ? ».

Beaucoup de questions semblent être restées sans réponse lors du travail de recherche. Cette création indigeste souffre manifestement d’un manque d’exigence dans sa dramaturgie et d’une absence regrettable de fraîcheur. Le Prix Théâtre 13 nous avait habitués à de plus intéressantes découvertes.

NI DIEU NI DIABLE de Augustin Billetdoux d’après Les Deux Etendards de Lucien Rebatet
Mise en scène Julie Duquenoÿ et Augustin Billetdoux
Avec Lou de Laâge, Clément Séjourné, Damien Zanoly, Mathieu Graham, Ariane Brousse, Pierre Vos
Scénographie & lumières Julie Duquenoÿ
Réalisation scénographie Jérôme Nicol
Vidéo Alexis de Vigan
Production Compagnie Corne de Brume
Du 8 au 19 octobre 2014 au Théâtre 13 / Seine
30 rue du Chevaleret (13e), M° Bibliothèque F. Mitterand
www.theatre13.com

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