La Place royale

En ce début d’année 2015, la scène du Théâtre de l’Aquarium se fait Place Royale sous les pas des comédiens de François Rancillac. Cette comédie amère de Pierre Corneille, moins connue du grand public que Le Cid ou L’Illusion Comique, malmène avec un plaisir féroce les égos de six jeunes personnages, jeunesse privilégiée plongée dans les tourments de l’amour et du désir. Six adolescents en quête d’eux-mêmes.

Certains pensent se construire dans le refus de tout attachement, de toute contrainte, à l’instar d’Alidor et Phylis. D’autres, comme Angélique et Cléandre, se réalisent dans un amour inconditionnel et une entière devotion à l’être chéri. Le texte de Corneille apparait d’une modernité vivace et réjouissante. Le plateau se transforme en arène. Les personnages en scène sont épiés dans l’obscurité par les comédiens absents de l’action, installés en silence dans leurs loges à la vue du public. Comédiens ? Personnages ? La frontière est impalpable.

Qui sont-ils ? Des comédiens qui se jouent de leurs personnages pour mieux rire des passions adolescentes ? Ou simplement un manque d’investissement et d’incarnation ? On a l’impression d’un simulacre, de quelque chose de presque vrai, de presque faux. Le texte est su, la chorégraphie mémorisée mais la magie se fait attendre. Il y a comme un décalage. Les doutes et les certitudes sans failles des héros de Corneille sonnent étrangement dans la bouche de comédiens si solides et si sûrs d’eux. La fragilité et l’incertitude de la jeunesse disparaissent dans la direction travaillée et les vers impeccables. Les adolescents perdus laissent place à des adultes égoïstes et manipulateurs. La légèreté de la comédie est noircie par la fièvre tragédienne. On renifle, on postillonne. Hélène Viviès et Christophe Laparra, couple central, sont lancés dans leurs partitions, seuls avec eux-mêmes. Le spectateur ne sait plus sur quel pied danser, à l’image de ces corps qui piétinent inlassablement la scène.
Lorsqu’Angélique lance de grands cris désespérés vers le ciel, les yeux emplis de larmes tandis qu’Alidor lui mange le visage à défaut de l’embrasser véritablement : peut-on rire ? Pas si sûr. Comme une hésitation entre premier et second degrés. Le crâne humain déposé en avant-scène et à qui personne ne prêtera la moindre attention durant toute la durée de l’action fera définitivement pencher la balance vers le drame. Dommage.

L’intemporalité et les vers sompteux de La Place Royale sont ensevelis par un jeu pompeux et distant qui nous laisse bien malgré nous de marbre et insensibles.

LA PLACE ROYALE de Pierre Corneille
Mise en scène François Rancillac
Avec Linda Chaïb, Christophe Laparra, Antoine Sastre, Nicolas Senty, Assane Timbo, Hélène Viviès
Scénographie Raymond Sarti
Lumières Marie-Christine Soma
Costumes Sabine Siegwalt
Son Frédéric Schmitt
Du 3 janvier au 1er février 2015 au Théâtre de l’Aquarium
La Cartoucherie, Route du Champ de Manoeuvre (12e), M° Château de Vincennes
www.theatredelaquarium.net

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