Visage de feu

 Mayenburg a le vent en poupe en ce moment. Sans doute la noirceur, l’acidité chronique et le désespoir des textes du dramaturge allemand inspirent-ils les metteurs en scène européens dans une époque où plus rien ne semble tenir debout. La morosité ambiante s’est infiltrée jusque dans les théâtres et la proposition de Martin Legros n’apportera aucune lueur, aucune beauté, si ce n’est aucun supplément de vie au récit calciné d’une famille pourrie de l’intérieur. Tout un programme.

Le Père, la Mère, Kurt et Olga végètent en vase clos dans un univers en noir et blanc, froid comme le marbre, chacun enfermé dans ses névroses. Sous une enveloppe de propreté de corps et d’esprit, ce sont quatre monstres que Mayenburg nous donne à voir. On parle des règles de la Mère à table, le Père se délecte de faits divers morbides et violents, le fils bande devant la toute nouvelle féminité de sa soeur et la fille éprouve un plaisir incestueux à raser les premiers poils de son frère. Une belle famille de sociopathes. On pourrait se croire à mi-chemin entre Lee Hall et Lars Norèn mais l’humour noir si précieux aux pièces de Mayenburg est avalé par une tonalité de jeu monotone et une attitude physique rigide à pleurer dignes du célèbre sketch des Robins des Bois. L’exposition de cette désorganisation familiale faite, l’hystérie générale fait son entrée accompagnée de basses incessantes censées imposer le malaise à ceux qui ne seraient pas encore assez dérangés. Les effets de mise en scène prévisibles s’enchaînent, on se couvre de faux sang, on vomit du yaourt, on se roule dedans et on crie encore un peu sous des stroboscopes. Le malaise est bien là : on est gêné pour eux.

Adieu tendresse, adieu grâce incestueuse, adieu promesse d’une humanité violente et dérangeante. La direction d’acteurs de cette farce laide et poussive a ôté tout charme à une fresque cathartique écrite avec les tripes d’un jeune auteur de ving-six ans.

VISAGE DE FEU de Marius von Mayenburg
Traduction Mark Blezinger, Laurent Muhleisen et Gildas Milin
Mise en scène et dramaturgie Martin Legros
Avec Stéphane Fauvel, Sophie Lebrun, Julien Girard, Joana Rosnoblet et Baptiste Legros
Du 9 au 18 novembre 2015 au Monfort Théâtre
106 rue Brancion (15e), M° Porte de Vanves
www.lemonfort.fr
collectifcohue.fr

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