Au nom du père et du fils et de J.M Weston

C’est l’histoire de la SAPE. Non, c’est l’histoire du Congo. Non, c’est l’histoire de la guerre, de deux frères, de Brazzaville et d’une paire de chaussures.

Deux frangins reviennent sur les lieux du carnage, sur la carcasse encore fumante de ce qui fut leur ville. La scène est un sac de noeuds. Comment se repérer dans une ville sans dessus-dessous où le sud est devenu l’est, où plus rien n’a de sens. L’Acapolypse est passée par là. Paumés dans les ruines, Criss et Cross ne sont d’accord sur rien, ni sur la rue à emprunter pour retrouver le jardin de leur enfance, ni sur le déroulement du spectacle. On danse d’abord ? Non, d’abord on raconte. Par où est-ce qu’on commence ? Ca a déjà commencé.

On ne comprend pas immédiatement ce qu’il se passe, on se perd un peu dans leurs invectives et la déconstruction du discours.  C’est pourtant bien de ça qu’il s’agit, rebâtir ce qui a été détruit : les murs, les histoires, la vie. Sous leurs airs de clowns un peu bordéliques, ils nous ont déjà embarqués dans leur travail de mémoire. Les souvenirs vont resurgir, petit à petit, bribe après bribe, au détour de leurs disputes enfantines. On est happé par la luminosité de Julien Mabiala Bissila, auteur et metteur en scène, et de son comparse deux fois plus grand que lui, Criss Niangouna. Sur le fil entre comédiens et personnages, ils font du public leur interlocuteur privilégié, le témoin de l’histoire passée et du moment présent, si précieux. Etrange et rare communion.

D.R.

Les deux frères sont bientôt rejoints par un troisième larron, Bayouss, vieille connaissance de la famille, comme un messager ou un fantôme rescapé de la vie d’avant. Marcel Mankita déchire la poésie lunaire de son rire puissant, la démarche cabotine et la canne dansante. Est-il vraiment là ou est-ce leur imagination qui leur joue des tours ? Bayouss a tout vu, les armes, les balles, les corps éparpillés, la folie des hommes. Il sera leur guide dans leur quête de vérité et de sens qui les mènera au recommencement.

Avec la fougue et le bagou d’un amuseur de foules, le texte de Julien Mabiala Bissila s’attaque à l’horreur indicible sans pathos ni miserere, avec une humanité et une générosité désarmantes.

AU NOM DU PERE ET DU FILS ET DE J.M. WESTON de Julien Mabiala Bissila
Mise en scène Julien Mabiala Bissila
Avec Julien Mabiala Bissila, Marcel Mankita, Criss Niangouna
Du 17 novembre au 4 décembre 2015 au Tarmac
159 rue Gambetta (20e), M° Gambetta

www.letarmac.fr

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