Nema

Le théâtre de Koffi Kwahulé est poésie, rythme, sang qui bat, corps, violence, humain pur. C’est cette humanité brute et sans concession qui fait de Kwahulé un auteur de renommée mondiale, populaire, brisant les frontières et traversant les cultures. C’est aussi cette simplicité et ce verbe libre qui séduisent les jeunes compagnies, avides de matériaux primitifs laissant libre cours à leur force de création.

Nema Lento cantabile semplice, publiée en 2011, éclaire d’une lueur crue les violences faites aux femmes dans notre si doux Occident. A travers les destins croisés de Nema et Idalie, Kwahulé fait sauter les croyances populaires et explose les tabous à grands coups de masse. Nema, femme de ménage, subit quotidiennement les coups, les viols et la domination de son fleuriste de mari. Idalie, sa patronne, femme moderne, cadre dynamique en apparence libre de corps et d’esprit, devient la cible d’une humiliation perverse et sournoise depuis qu’elle a été promue à un poste haut placé et mieux payé que celui de son homme. Des blessures de chair à la destruction psychologique, Nema n’oublie rien ni personnes.

Marie Ballet embrasse le texte de Kwahulé dans toute son horreur. Dirigés avec une exigence bienveillante et rare, six comédiens physiques et engagés s’emparent de cette tragédie contemporaine sans retenue, se jetant tout entiers dans l’infâme et le méprisable. La distribution est impeccable et le talent indiscutable. Oui mais. Une fois aspiré dans le précipice odieux, le spectateur est comme paralysé par tant de violences, de souffrances et de manipulations. Marie Ballet n’inscrit d’ailleurs pas son travail dans une démarche esthétisante et divertissante. « Le théâtre ne doit pas être un endroit rassurant » affirme-t-elle, se posant en interrogatrice, en provocatrice des esprits engourdis. Malheureusement le piège du tragico-lyrique se referme rapidement, enrayant tout recul ou décalage nécessaire à la respiration des neurones. L’estomac lourd et la gueule défaite, c’est ainsi que nous laisse cette proposition aussi forte qu’écrasante.

NEMA de Koffi Kwahulé
Mise en scène Marie Ballet
Avec Marion Amiaud, Aurelie Cohen, Jean-Christophe Folly, Matthieu Fayette, Ombeline de la Teyssonnière, Emmanuelle Ramu
Création lumières Lucie Joliot
Du 25 novembre au 6 décembre 2015 au Théâtre de l’Opprimé
78 rue du Charolais, M° Montgallet ou Reuilly-Diderot (12e)
www.theatredelopprime.com

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