Entretien avec Elise Noiraud

Trois ans après le succès de son premier seul-en-scène Elise, Chapitre 1 : La Banane américaine,  la comédienne et metteur en scène Elise Noiraud  me donne rendez-vous à une petite table de La Guincheuse (10e) pour me parler de son second bébé, qu’elle jouera pour la toute première fois ce lundi à Paris. Alors que le premier chapitre s’intéressait au monde d’une gamine de 10 ans, entre flûte traversière et vacances à la mer, cette nouvelle création s’attaque à l’entrée dans l’adolescente de la même Elise, 13 ans maintenant, amoureuse et prête à tout pour attirer l’attention du beau Tony. Entretien avec une bosseuse exigeante en quête de liberté.

Qu’est-ce qui a changé depuis la création du Chapitre 1 ?
Déjà, ce n’est pas la même chose de faire un premier spectacle et un deuxième. Dans la création du Chapitre 1, il y avait une espèce de nécessité absolue. Là, on est pas au même endroit. C’est un prolongement. Le processus d’écriture a été beaucoup plus long. J’ai très peu intellectualisé pour La Banane alors que là, je suis entrée dans le travail.

Est-ce que c’est supportable d’écrire sur soi ? De se mettre en scène ?
Supportable. Je n’ai pas l’impression d’écrire sur moi. Pour rejoindre l’universel il faut en passer par l’intime. Je ne suis pas importante. Ce qui compte c’est comment faire de la fiction avec mes souvenirs. J’ai du mal à écrire sur des choses qui ne me touchent pas personnellement.
Se mettre en scène impose vraiment la question de la solitude dans ce travail. Pour moi c’est une liberté de ne pas être soumise à un jugement, à un regard extérieur. Mais ça demande une rigueur, une discipline, encore plus quand c’est un deuxième chapitre.

Pour rejoindre l’universel il faut en passer par l’intime.

Comment as-tu travaillé ?
Ça part de souvenirs, de sensations, de thématiques que j’ai envie d’aborder. J’ai beaucoup, beaucoup écrit et ensuite j’ai tenté de construire le puzzle. Le départ c’est les souvenirs, ensuite je tisse la fiction autour. Tout n’est pas véridique, un personnage secondaire peut être complètement inventé. Et au fur et à mesure que j’assemble les morceaux, j’ajuste le rythme, je coupe. Je pense que tu peux ouvrir à l’universel, parler à tout le monde en partant du plus intime. Ce sont tous ces tout petits détails personnels qui nous rassemblent. En tant que spectatrice, ce qui m’intéresse ce sont les histoires auxquelles je peux m’identifier. J’aime être touchée par une histoire qui est à la fois très petite et très grande.

Tu as gagné le Prix Théâtre 13-Jeunes metteurs en scène en juin dernier.  Est-ce que ça a changé quelque chose pour toi ?
C’était une étape hyper importante pour moi dans le travail de mise en scène. C’est la première fois que je dirigeais des comédiens, hormis les projets d’école. J’en avais envie depuis longtemps mais je ne m’en sentais pas la légitimité, la maturité. En concourant, je me suis donnée le droit de le faire. Et puis en créant Les Fils de la Terre (d’après un documentaire ndlr), j’ai compris que je pouvais aborder les thèmes qui m’importent sous différentes formes. Ça a ouvert un champ des possibles.
Ensuite, gagner le Prix, oui ça donne de la visibilité mais quand tu fais du théâtre, à chaque nouveau spectacle il faut tout recommencer. Dans ce milieu on ne monte pas des marches, on a jamais l’impression d’être arrivé.

A 13 ans, le fantasme est aussi voire plus important que la réalité.

Pourquoi avoir choisi la toute jeune adolescence dans ce Chapitre 2 ? Pourquoi pas 16 ans ?
13 ans c’est un âge qui me touche énormément. C’est un âge à la fois très beau et très cruel. Il y a quelque chose qui est en cours, tu as quitté l’enfance mais tu n’es pas encore un adulte. C’est un entre-deux qui m’émeut. L’envie de vouloir exister tout seul, par soi-même, d’aimer, de séduire. Tu commences à t’ouvrir au monde mais tu restes une éponge par rapport à ton environnement proche. Ce qui m’intéresse c’est comment tu vas te donner le droit d’aller vers l’extérieur, ou pas. Moi, en tant que fille, dans ma féminité je me sentais aboutie, enfin femme, alors qu’avec du recul aujourd’hui c’est juste drôle. Mais c’est affreusement important.
C’est un âge qui m’intéresse parce que c’est un moment où tu te construis, où tu prends vachement de choses de l’extérieur et du point de vue de la création ça laisse énormément de possibilités. A 13 ans, le fantasme est aussi voire plus important que la réalité.

Un Chapitre 3 ?
Je ne sais pas. J’aime le travail du seul-en-scène. Il y a une exigence, quelque chose qui relève de la performance physique qui me plaît beaucoup. J’aime le théâtre de rien, pas de décors, pas de costumes, faire naître des mondes de nulle part. Et je ne suis pas sûre d’en avoir fini avec tous les possibles de l’adolescence.

Tu vas jouer 6 dates au Théâtre de Belleville, et ensuite ?
Je vais jouer à Nemours en mars, parce que la ville est partenaire de mon spectacle. Mais ce n’est que le début… En tant que comédienne, j’ai des projets, des dates de tournées. En tant que créatrice, j’ai envie d’écrire, de passer à la création totale. Ecrire, mettre en scène, créer un objet du début à la fin, exactement comme moi je veux le faire.

POUR QUE TU M’AIMES ENCORE – Elise : Chapitre 2
Du 11 au 26 janvier au Théâtre de Belleville

LES FILS DE LA TERRE
Actuellement en tournée