Poignard

Le moment ne pouvait malheureusement pas être mieux choisi pour porter ce projet dans la lumière. En choisissant ce texte de l’auteur brésilien Alberto Alvim, le groupe M.I.A.O.U. se fait porte-parole d’une jeunesse en proie au doute et à la colère. Une jeunesse brûlante de trouver sa place, à n’importe quel prix. Une jeunesse qui pose des bombes au nom du monde.

Ampoule crue sur un bureau dans l’obscurité. Ambiance film noir mêlée à l’atmosphère des couloirs de la CIA. Il est question d’une rencontre entre un quelconque ministre de la Sécurité et le dirigeant d’une grande société du BTP. L’un déplore le manque de crédibilité et de prestance de son gouvernement, l’autre le déclin de son économie. D’une poignée de main, un accord est trouvé à voix basse : une cellule terroriste sera créée puis démantelée par le pouvoir en place, prouvant ainsi sa force au peuple et réclamant la construction d’une toute nouvelle prison de haute sécurité.

Un agent double, personnage narcissique très agaçant, se charge de recruter les membres du Club Mickey – c’est le nom de la cellule révolutionnaire – et les candidats sont nombreux. Jeunes et paumés, passés par la case échec scolaire, prison ou encore asile psychiatrique, une petite bande de marginaux en quête de sens et de justice sont réunis et rebaptisés Daisy, Pluto ou Donald. Le processus d’endoctrinement est lancé : une fois les identités individuelles humiliées et abandonnées, ne restent que la haine et la soif de vengeance. Vengeance contre cette société qui n’a pas voulu d’eux. Tâche incroyablement aisée que de manipuler cette génération fragile, découragée et désespérée qui court les rues. « Je préfère mourir pour une cause que vivre pour rien » comme le disait si bien John Rambo.

La thématique de cette création volontaire emmenée par Alexis Lameda-Waksmann semble on ne peut plus nécessaire. Pourtant la proposition de cette jeune troupe pêche par son manque de souci du détail qui lui confère un aspect brouillon voire clairement bordélique. Le texte, quelque peu bavard, dévoile une intrigue biscornue et éclatée nécessitant un rythme exigeant qui peine à montrer le bout de son nez. La distribution, très inégale, s’enfonce dans une multitude d’idées et de tentatives plus ou moins abouties et globalement inachevées. Costumes de bric et de broc, éclairage approximatif, bugs techniques et chorégraphies timides sont autant de lacérations dans la parole.

Parole qui apporte cependant sur le plateau de nombreuses questions cruellement importantes : peut-on faire la révolution pour les autres ? penser pour les autres ? représenter ce qui n’ont rien demandé ? A méditer.

POIGNARD / Il faut parfois se servir d’un poignard pour se frayer un chemin
de Roberto Alvim / Traduction Angela Leite Lopez
Mise en scène Alexis Lameda-Waksmann
Avec Rachel André, Celia Catalifo, Majid Chikh-Miloud, Eugène Durif, Adrien Gamba-Gontard, Claire Lemaire, Guillaume Perez, Benjamin Tholozan et Julien Urrutia
Du 27 janvier au 14 février 2016 au Théâtre de Belleville
94 rue du Faubourg du Temple, M° Belleville (11e)
www.theatredebelleville.com
http://groupemiaou.com