Chères Suzannes

Située au cœur de l’Océan Suzatlantique, la Suzazonnie est une petite île où il semble faire bon vivre. Ici, le chômage est au plus bas, les enfants grandissent dans un environnement protégé et les problèmes sociétaux n’existent tout simplement pas.

Alors oui, la seule activité économique du pays est le recyclage de déchets nucléaires. Oui, le premier suzazonnien descend de Suzanne et d’un lapiningus octomulus, une espèce de lapin mutant et en l’honneur de leur ancêtre, tous les habitants s’appellent Suzanne. Mais mis à part ces petits détails, la Suzazonnie ressemble à un monde pas si éloigné du nôtre.

Il y a notamment un tout petit dirigeant égotique, patron surpuissant de la seule entreprise de l’île, qui dirige d’une main de fer la Suzazonnie, l’œil uniquement rivé sur la courbe du chômage et les sondages de satisfaction. Il y a un spécialiste expert en tout, invité par des journalistes condescendants dans des émissions sensationnalistes. Il y a de la publicité, tout le temps. Et de la violence, partout.

Le parti pris de Julie Macqueron et Victoire Cubié, auteures, metteurs en scène et actrices de la pièce est simple: dénoncer les travers de nos sociétés occidentales en poussant l’absurde jusqu’à l’extrême. Sur cette île imaginaire, l’efficacité prime sur l’humanité et les différences n’ont pas leur place. On règle le problème du chômage par des campagnes de publicité « un chômeur brûlé, un arbre planté » et on envoie les handicapés, les malades et les dépressifs vers des centres de suicide agréés, pour éviter qu’ils ne ralentissent le reste de la société. En Suzazonnie, la fin justifie toujours les cruels moyens.

Ce spectacle est un ovni. Mêlant chants, théâtre et poésie, il nous emmène dans un monde parallèle, avec ses propres codes, sa propre culture. Toute la société suzazonienne défile sous nos yeux, lestée de cette violence ordinaire, cette banale cruauté qui la rend si proche de la nôtre.

Avec une mise en scène sous amphétamine et des effets spéciaux faits de bric et broc, ces « Chères Suzannes » nous emmènent loin, très loin.

CHÈRES SUZANNES de et par Julie Macqueron et Victoire Cubié
Lumières Nicolas Pigoudinès
Costumes Charlène Stein
Du 11 mars au 4 juin 2016 à la Folie Théâtre
6 rue de la Folie Méricourt, M° Saint Ambroise (11e)
www.folietheatre.com