Les Prisonniers du Château d’If

En s’attaquant à un monument de la littérature française, Gabriel Laborde ne manquait pas d’ambition. Le Comte de Monte-Cristo est une œuvre fleuve, romanesque et populaire qu’il parait difficile de faire entrer dans un petit théâtre. Ici, le pari est brillamment remporté.

Les Prisonniers du Château d’If se concentre sur la genèse de l’histoire du Comte de Monte-Cristo, les origines de la légende. Edmond Dantès, jeune capitaine de bateau, est accusé à tort de haute trahison et enfermé dans une geôle du Château d’If au large de Marseille. La pièce débute alors que cela fait dix-sept mois qu’il croupit dans le noir à ressasser les évènements, sans comprendre les raisons de son arrestation.

Au bord de la folie et du désespoir, Dantès rencontre l’Abbé Faria, un autre prisonnier qui tente de s’échapper en creusant depuis sept ans un tunnel en direction de la mer. C’est la cellule de Dantès qu’il trouvera en lieu de liberté, et cette erreur fera leur salut à tous les deux. Durant ces longues années de détention, un lien indéfectible va unir les deux hommes. Edmond Dantès, le disciple, l’Abbé Faria, le maître à penser, l’un fils, l’autre père, ensemble pour tenir bon face à l’obscurité du cachot et de l’isolement.

Cette pièce, petite par les moyens, est une immense proposition, fidèle au romanesque de l’œuvre originale. La mise en scène est précise et nous entraîne immédiatement dans les bas-fonds humides de ces cachots où seul le bruit du ressac nous donne l’illusion de la liberté. Les acteurs quant à eux sont formidables de justesse et de profondeur. Gabriel Laborde campe un Edmond Dantès vigoureux et convaincant dans sa force de courage et de patience. Il forme avec Thibault Truffert, excellent en vieillard génial, un duo poignant lié par une amitié paternelle touchante.

L’incroyable narration nous permet à tous de se plonger, qu’on le connaisse ou non, dans le mythe du Comte de Monte-Cristo et les origines de son titre, de sa richesse et sa soif de vengeance. Cette proposition réussit à nous divertir et à dépeindre l’immensité d’un univers littéraire comme rarement dans le spectacle vivant.

Nous sortons avec la féroce envie de suivre Edmond Dantès dans la suite de son épopée. Un trait d’union magistral entre le théâtre et la littérature.

LES PRISONNIERS DU CHÂTEAU D’IF d’après Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas
Mise en scène et adaptation Gabriel Laborde
Avec Thibaut Truffert, Gabriel Laborde, Guy Bourgeois, Marc Nadelt
Du 29 avril au 29 mai au Théâtre Côté Cour
12 rue Edouard Lockroy, M° Parmentier (11e)
www.theatrecotecour.com